Dans un monde de plus en plus complexe où les entreprises fonctionnent de plus en plus en réseaux, penser de façon linéaire de type une cause engendre un problème, n’est plus possible. Penser l’entreprise en terme de fonctions et d’activités distinctes et autonomes ne paraît plus suffisant pour continuer à progresser dans un monde constamment changeant. Le taylorisme maîtrisé du monde industriel est à bout de ce qu’il pouvait donner. Voici venu l’ère de la communication et de la complexité où il n’est pas possible de ne pas communiquer ou d’influencer et où résident un nombre considérable de paradoxes.

L’approche systémique née de la cybernétique, de la théorie du chaos et des théories de communication est une approche qui se veut pragmatique et englobante. François Balta dans la « Systémique avec les mots de tous les jours », définit la pensée systémique comme « penser chaque élément perçu comme faisant partie d’une ensemble plus large qui lui donne son sens et qui justifie sa présence, ou que le tout est plus que la somme des parties ». Autrement dit, il est inconcevable de se croire objectif par rapport à une situation : l’observateur modifie l’élément observé, la mécanique quantique est arrivée à la même conclusion. De même, il est fou de pouvoir séparer une équipe projet sans tenir compte de la culture de l’entreprise dans laquelle elle intervient (mécanismes, style de management, valeurs d’entreprise, …).

Sortir de la causalité

Beaucoup d’équipes que je côtoie analysent leurs problèmes en cherchant les causes du problème. Elles croient qu’il est possible de trouver la cause qui a engendré le problème et donc qu’elles vont pouvoir éliminer le problème en éliminant la cause. Or, la cause est utile dans un système plus large. Par exemple, une société de conseil se sépare d’une personne leader dans l’innovation pour des raisons conflictuelles avec les dirigeants de la structure, autrement dit, cette personne devient la cause des problèmes actuels de l’entreprise, le « bouc émissaire ». Dans les 6 mois, la situation se répète avec d’autres personnes qui ont remplacé le manque d’innovation engendré et pourtant nécessaire dans le marché (système plus large) dans lequel vit l’entreprise. Alors on pourrait se demander qu’est-ce qui fait que nous avons besoin de trouver la cause à un problème. Selon François Balta, dans le système de croyances général, la recherche de cause permet de :
  • sortir de l’angoisse de l’inconnu en faisant un diagnostic permettant de repérer le mal
  • localiser la responsabilité, c’est trouver un coupable, une personne ou la méthode mise en place. Sauf qu’en faisant cela, nous sommes amenés à nous déresponsabiliser nous-mêmes en oubliant que nous sommes tous responsables (coresponsables) car tous influents et sujets de nos choix en tant qu’être humain
  • agir avec efficacité, hors même si cette approche est efficace lorsqu’il s’agit de réparer une machine, elle l’est beaucoup moins quand on constate qu’un poste en entreprise n’arrive jamais à trouver un occupant stable malgré l’appel à des cabinets de recrutement. La raison invoquée est le manque de compétences de la personne.
Dans une réunion projet, une équipe fait le bilan du travail effectué durant la semaine et revient sur le tapis pour le n-ième fois depuis 6 mois que l’équipe a un problème d’« optimisme sur les tâches qu’elle avait prévue de réaliser ». Hormis le fait que le problème soit peu précis et contextualisé, l’équipe commence à se justifier par rapport à son manager, un silence de plomb commence à se faire sentir. La prochaine fois, « Il faudra essayer d’être vigilant », la cause trouvée est la mauvaise méthode d’estimation. En questionnant l’équipe, elle se rend compte qu’à un moment donné elle avait réussi pendant plusieurs semaines à estimer au plus juste. La bonne question à poser serait alors « Comment avez-vous parvenu à estimer au plus juste ? » à la place de « Pourquoi avez-vous mal estimé cette fois ci ? ». En repérant ce « comment » on saura reproduire les bons gestes. Dans l’approche systémique le pourquoi est remplacé par le comment et les solutions nous intéressent plus que le problème. Naviguant dans la complexité, il est plus nécessaire d’essayer quelque chose et de voir comment le système réagit plutôt que de faire des analyses poussées qui seront de toute façon fausses. L’apprentissage est clé dans l’approche systémique grâce à la récupération d’un feedback du système. Donc la prochaine fois que vous avez un problème, une difficulté, posez vous plutôt ce genre de questions :
  • Si le problème n’existait pas, quel serait mon objectif ?
  • Par quoi puis-je commencer ? Et comment puis-je récupérer du feedback au plus tôt ?
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