Une confusion de sens est présente actuellement dans les organisations qui souhaitent de la transformation ou plutôt du progrès, qui souhaitent gagner de nouvelles parts de marché, être différenciantes, innovantes.

La confusion se fait entre agilité et agitation.

Toutes ces entreprises sont conscientes de ce qu’il faudrait faire mais qu’en est-il en réalité ? La réalité est que le leader en entreprise, et il y en a, sont pris dans des structures qui les dépassent et souvent ils contribuent eux-mêmes à renforcer la structure.

Comme dit Paul Watzlavick auteur de l’Utrasolution ou la réalité de la réalité, ils font eux aussi « plus de la même chose » bien qu’ils n’en n’aient pas envie. Ils continuent à répéter des solutions déjà tentées plusieurs fois, de façon différente, ce qui renforce l’organisation dans son immobilisme global aussi appelé homéostasie.

Pire encore, cela crée de la souffrance, de la fatigue et de la résignation. D’une certaine façon, ses plans de transformation ou de restructuration ne font que créer de l’agitation.

Quelques croyances limitantes qui renforce l’agitation :

·      En allant plus vite, je vais avoir plus de résultats. Peter Senge en parlait déjà dans la cinquième discipline en 1990. Il faut « ralentir pour aller plus vite », en effet la clé de la réussite est l’apprentissage, compréhension du système complexe qu’est l’entreprise, le marché, mais aussi l’équipe de 5 personnes. Quand il dit apprentissage, ce n’est pas l’apprentissage de nouvelles compétences techniques, produit, marketing ou autres, c’est l’apprentissage de nouvelles façons de faire et de se comporter. En essayant quelque chose de différent, j’apprends à appréhender le contexte de l’entreprise ou le fonctionnement de mon équipe et peut commencer à agir différemment

·      J’ai besoin de toutes les informations pour décider. Hormis le fait qu’il est impossible d’avoir toutes les informations, attendre d’avoir toutes les informations, c’est décider de ne pas décider. De plus, toutes les informations utiles sont présentes dès le premier instant. Souvent, les signaux sont présents et ne sont pas regardés, ils sont presque trop évidents car faisant partie de la culture. Benjamin est leader d’un projet de transformation, le même tous les ans bien que l’énoncé soit différent. La première réunion du projet commence en retard et s’éternise jusqu’à durer deux heures au lieu d’une heure comme prévue. La réunion prend la forme de débats d’experts, de recherche d’idées abstraites. Au bout de deux heures, aucune décision n’a été prise et personne ne sait quelles sont les prochaines étapes. C’est sans doute parce qu’il n’y avait pas assez de temps, il faut refaire une réunion plus longue. Cette réunion est le reflet de la culture de l’entreprise, qui constamment augmente les moyens pour atteindre des résultats. Si les réunions se passent comme ça, le projet a de grandes chances de se produire de la même façon, c’est ce que nous apprend la systémique par le reflet systémique : tout comme le noyau est l’ADN de la cellule, la réunion d’équipe est l’ADN du projet. Changer une petite chose dans la réunion, c’est déjà changer le projet

·      Quand le problème est complexe, la solution doit être complexe. Je dois mettre les moyens, « faire des efforts ». Tout dans la nature nous le dit le contraire: « 9 femmes ne font par un enfant en 1 mois », « c’est pas en tirant sur la pousse de bambous qu’elle va pousser plus vite ». De plus, quand je prends une douche dans un hôtel et que je veux régler la température : si j’augmente la température tant que je ressens que l’eau est froide, alors je vais me brûler. Et inversement, baisser la température ne va pas m’empêcher de me brûler pendant un moment. Il existe toujours un temps de latence entre mon action et la réponse du système. Si je n’arrête pas d’agir alors je n’atteins jamais l’équilibre souhaité, je m’agite sans jamais atteindre le résultat que je me suis fixé. La théorie du chaos explique bien ce phénomène qu’un événement subtil peut créer un grand changement. Nous sommes toujours dans cette croyance qu’en faisant plus d’efforts nous allons avoir plus de résultats.

Si nous parlons d’agilité, nous parlons d’autre chose. L’étymologie du mot « agilité » nous indique une légèreté dans les mouvements. Le mot agile vient de « agere » qui signifie agir, c’est celui qui a des facilités pour agir ou se mouvoir. Qui est disponible, léger et souple. Être agile ne veut pas dire être agité, cela signifie agir avec souplesse, avec légèreté, par petits pas en fonction de la situation qui se présente…

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